Harmonica chromatique ou diatonique

Nouveau venu dans le petit club que Gérard anime avec passion, voici mes réflexions musicales sur l'emploi d'un chroma ou d'un diato.

Le duel : Chromatique contre diatonique.

Affaire de goût sans doute mais c'est pas tout. Voici certaines explications très personnelles.

Après m'être bien battu avec quelques petits diatoniques dix trous et sans grands résultats, j'ai décidé de passer au chromatique classique en Do. Il m'a fallu alors jouer en Do ou adapter ma musique en tonalité de Do. Pas trop compliqué, en tout cas bien moins compliqué pour moi que les altérations sur un diato.

Le chroma c'est donc  autre chose et c'est complètement différent mais ....

Premier point : Un très bon point pour ne plus avoir à faire d'altérations, c'était la torture.

Un mauvais point par contre car ces instruments sont dotés de valves pour éviter les pertes d'air. Après quelques minutes d'utilisation, ces petites lames de plastique collent allègrement sur leur plaque métallique quoi qu'en disent certains professionnels. Je ne sais pas comment ils s'y prennent pour éviter le collage ou plutôt si, ils les réchauffent dans leur poche ou d'une autre façon avant de s'en servir. J'ai davantage l'habitude de souffler dans mon harmo à n'importe quel moment sans le chauffer  et c'est la catastrophe. En effet, la vapeur d'eau émise par la simple respiration vous colle les valves en moins d'une minute et çà claque joyeusement jusqu'à avoir envie de passer l'instrument par la fenêtre. Ceux qui vous diront qu'ils n'ont pas de problème vous racontent des bobards. Ma solution a été d'enlever les valves des notes uniquement soufflées dans le registre  médium aigues. Les notes graves sont moins sensibles, on n’y touche surtout pas. Quant à celles qui sont aspirées, elles n'ont pas ce problème puisque vous ne rejetez  pas de vapeur d'eau en aspirant.

Alors maintenant, c'est le top !

Les diatoniques dix trous sont tous parfaits pour le blues et le folklore. Ils ne sont en général pas valvés, très bien,  çà ne colle pas, encore faut-il apprendre à altérer les notes pour obtenir celles qui manquent en accord "Richter", surtout dans les quatre premiers trous. Alors, allez-y, faites voir un peu ..... C'est génial lorsqu'on y arrive effectivement et j'admire ceux qui y parviennent mais c'est certain, ce n’est pas fait pour moi.

Autre problème rencontré, aimez vous jouer dans un registre plutôt grave ou aigu. Si vous voulez utiliser les deux pour varier un peu et ne pas être par trop monotone, il sera plus simple de prendre un chroma douze trous mais décalé dans le bas de la gamme, comme si vous n'aviez pas les onzième et douzième trous aigus qui servent peu souvent  et que vous aviez en compensation deux trous supplémentaires dans le bas de votre gamme. Ainsi vous jouerez de façon identique votre morceau préféré en grave ou en aigu et ce sera moins monotone. Les notes graves étant toutefois un peu plus difficiles à maitriser pour éviter la distorsion. Vous avez aussi la solution de choisir un quatorze trous, plus volumineux et plus cher.

Le chromatique a aussi l'avantage de décaler la gamme d'un demi ton, ce qui fait qu'un refrain peut se reprendre en décalé. Très agréable pour l'oreille. Fait pour les "Thés dansants" car cela permet de prolonger un morceau d'environ la moitié de sa durée.

Bien qu'un chromatique puisse être utilisé dans n'importe quelle tonalité, il est en réalité très difficile de maitriser une autre tonalité que celle d'origine et pour laquelle il a été construit. Ne comptez pas trop jouer en Sib pour vous faire plaisir sur un harmo en Do. Seuls les harmonicistes de métier se permettent cette prouesse.

Et maintenant voyons le prix. Y'a pas photo, le diatonique reste de loin le meilleur marché mais il en faudra plusieurs en différentes tonalités, alors ..... Pour un chroma, n'allez pas dans le bas de gamme, vous allez vous essouffler rapidement et là c'est le bémol car pour un bon chroma vous pouvez compter sept à huit fois le prix d'un diato, voir plus, mais l'engin, s'il est bien choisi, répond comme un rossignol au moindre souffle. Dommage qu'il soit impossible de les essayer avant d'acheter, pour une question d'hygiène, cela m'aurait évité bien des dépenses inutiles car les trois quarts de mes instruments dorment dans le tiroir de mon bureau. Quant aux marques, la plus connue n'est pas forcément la meilleure mais je n'engage que mon opinion.

Un petit ampli supplémentaire à moins de 150 euros avec une bonne réverb et que vous pourrez essayer avant d'acheter, fera votre bonheur.

Maintenant, a vous de jouer, seul ou avec les copains, c'est formidable ! Du rêve à volonté, quand vous voulez, où vous voulez car l' harmo peut toujours se glisser dans une poche !

Avec mes amitiés chromatiques.

                                                                                             

                                                                                                                             Yves Plouchart

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Le mot du Gégé musicos :

 

Merci à Yves pour sa contribution au site  de Saint Co Musicos.

Même si certains points de vue peuvent être discutés, Yves, qui découvre le monde l’harmonica, aborde un problème auquel nous avons tous été confrontés.

 

Tous les joueurs de diatonique se souviennent des débuts laborieux pour sortir la première altération. Une chose est sure, en insistant régulièrement, tout le monde finit par y arriver, mais il est vrai qu’au cours des mois et des années on doit continuer d’en améliorer la justesse, et je ne vous parle pas des over-notes.

Bref, avec les harmonicas diatoniques on va passer une grande partie de notre temps à essayer de sortir des notes pour lesquelles l’instrument n’a pas été conçu. Pourtant, des harmonicistes, sans doute venu d’une autre galaxie, sont capable de jouer chromatique sur les trois octaves d’un instrument diatonique.

 

De ce point de vue, le chromatique est bien sûr plus adapté puisque de par sa conception il permet  de jouer naturellement toutes les notes, qu’elles soient naturelles, dièses ou bémols. Ceci  étant il faut apprendre à maîtriser l’utilisation du piston qui donne accès aux notes altérées (au sens solfège du terme, rien à voir avec les altérations du diatonique qui sont la déformation d’une note native sur l’instrument).

Jouer principalement  en do, sur un harmonica chromatique, lui-même accordé en do, afin de se dédouaner au maximum de l’utilisation du piston, n’est  pas la solution pérenne. Cela équivaudrait, sur un piano, à ne jouer que les touches blanches, ou plus simplement à ramener un instrument chromatique à un usage purement diatonique.

C’est vrai, pour jouer en SI bémol (2 bémols à la clé) le joueur de chromatique devra appuyer sur le piston afin d’obtenir un SI bémol et un MI bémol. Le joueur de diatonique se contentera de prendre son harmonica accordé en SI bémol.

 

Et oui, comme partout on ne peut  pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

On pourrait débattre pendant des heures, disons nous simplement  que quel que soit  l’instrument, la musique est une discipline qui demande beaucoup de temps et de patience, pour ne pas dire d’entêtement.